L’illusion du « tout est sécurisé »
Dans de nombreuses organisations, l’adoption de solutions de marques reconnues comme Microsoft 365 ou Google Workspace est perçue comme une étape majeure vers la sécurité.
L’argument est rarement formulé explicitement, mais il est bien présent : « Ces outils sont utilisés partout, donc ils sont sûrs ».
Microsoft et Google sont ici volontairement cités, car ils sont parmi les fournisseurs les plus connus et les plus utilisés. Mais cette logique dépasse largement ces deux acteurs. Elle s’applique, dans les faits, à la majorité des fournisseurs de services IT dès lors qu’ils sont perçus comme leaders ou standards du marché.
Les plateformes sont solides, mais leur simple utilisation ne protège pas de tout.
Des plateformes robustes… Mais pas responsables de vos usages
Les grands fournisseurs proposent des infrastructures extrêmement robustes :
Les centres de données sont sécurisés, la disponibilité est élevée, le chiffrement est généralisé et de nombreuses attaques à grande échelle sont absorbées sans même être visible côté client.
Sur ce périmètre, le travail est sérieux et éprouvé. Mais ces acteurs fonctionnent tous selon un principe souvent mal compris : le modèle de responsabilité partagée.
Ils sécurisent la plateforme, l’organisation cliente reste responsable de tout ce qui relève des usages.
Cela concerne notamment :
- les comptes utilisateurs
- les droits d’accès
- les paramètres de sécurité
- les pratiques quotidiennes
- les comportements humains
Or, c’est précisément sur ce terrain que se concentrent la majorité des incidents observés.
Le biais entre outils sécurisés et organisation sécurisée
Ce n’est pas une question de naïveté, mais de logique mal transposée.
On accepte sans difficulté l’idée qu’un outil soit conçu de manière sécurisée. Puis, presque naturellement, cette confiance se transfère à l’organisation elle-même : si l’outil est sûr, alors l’environnement l’est aussi.
Ce raccourci est renforcé par des interfaces simples, des options de sécurité activables en quelques clics et un vocabulaire particulièrement rassurant :
Zero Trust, MFA, sécurité avancée, protection intelligente... Tout semble déjà pensé, déjà cadré.
Le problème n’est pas l’outil, le problème est de croire qu’il remplace une réflexion, une gouvernance et des décisions humaines.
Ce que les outils ne feront jamais à votre place
Aucune solution, aussi mature soit-elle, ne peut décider quels accès sont réellement légitimes. Elle ne sait pas si un compte a encore une raison d’exister, si un partage de documents est cohérent avec l’activité réelle de l’entreprise, ou si une organisation interne chaotique masque des risques structurels.
Dans les environnements audités, on retrouve régulièrement les mêmes situations:
- des comptes d’anciens collaborateurs encore actifs
- des prestataires oubliés
- des droits trop larges accordés par confort
- des rôles d’administration multipliés sans suivi
- des alertes de sécurité ignorées faute de compréhension ou de temps
Aucune de ces failles n’est liée à une faiblesse technique du fournisseur.
Elles sont purement organisationnelles et humaines.
Compromettre un seul compte est souvent suffisant pour consulter ou modifier des documents, observer les échanges internes et préparer des attaques plus ciblées.
Le véritable point faible : la gouvernance
La majorité des problèmes observés ne proviennent pas d’un manque d’outils, mais d’un manque de cadre.
Sans gouvernance claire, les accès s’accumulent, les exceptions deviennent permanentes, les responsabilités se diluent et les alertes perdent progressivement leur valeur. La sécurité devient alors vers un sujet purement technique, traité par l’IT, sans réelle appropriation collective, et c’est à ce moment précis que l’illusion s’installe.
Message clé à retenir
Sans gouvernance, la sécurité est une illusion.
Peu importe la qualité de la plateforme, la réputation du fournisseur ou le nombre d’options activées : sans règles claires, sans décisions assumées et sans suivi réel des usages, la sécurité n’existe que sur le papier.
Les grands fournisseurs proposent des outils solides. Ils ne fournissent ni la discipline, ni les arbitrages, ni la responsabilité.
Croire l’inverse revient à confondre la solidité d’une infrastructure avec la maîtrise réelle des usages. C’est précisément cet écart que les attaquants exploitent.
La bonne nouvelle ? Un audit régulier des accès, une revue trimestrielle des privilèges et une vraie appropriation collective de la sécurité changent déjà radicalement la donne.